Atelier des Pensées de Pascal

208(仮)

Concordance

R.O. p. 229/ 1C, p. 82 / 2C, p. 108 /P. R., 1669 et janv. 1670 p. 327 ; 1678 n° 14 p. 322/ Bos., I, VI, 23 / FAU, I, p.215/ HAV, III, 17 / Louandre(1854), p. 158 / MOL, I, p. 322 /Roc(3e éd.) 810, p.411 /Asti2(1883), p. 382/ MIC., 489. / Didiot (1896), I, III, 10, p. / BRU 384 / Gazier, p. 481 / Giraud, 384/ CHE1925, p. 135/ STR p. 314 / DED, 304, p. 213 /Tou38, 163 / TOU p. 230 / Lafuma 177 / TouAnz, 176 / Sellier 208/ Le Guern 166/ DESC-bru, 384

R.O.

TRANSCRIPTION

Vne mauuaise
^ est {+} 1
Contradiction ^ marque de
Verité 2

  1. Plusieurs Choses Certaines sont
  2. contredittes
  3. Plusrs. fausses passent Sans
  4. contradiction
  5. Ni la contradiction n est marque de
  6. fausseté ni l[a] Jncontradiction n est
  7. marque de verité

Premier jet

+

Plusieurs Choses Certaines sont […]

Retouches (1ère & 2ème)

Vne mauuaise
^ est {
+}
Contradiction ^marque de
Verité

Plusieurs Choses Certaines sont […]


  1. (MIC) une petite croix en tête.
    (TOU) Barbouillage confus, sous lequel je crois reconnaître l’ébauche du mot fausse.
    (CIBPTD) Pascal a probablement voulu écrire fausse. G. Michaut (n° 489) a confondu ce signe f avec une croix que Pascal ajoute parfois pour signer les feuillets avant de les utiliser.
  2. (CIBPTD) Pascal a semble-t-il commencé par écrire le titre « Contradiction, marque de vérité ». Z. Tourneur transcrit le texte en le centrant dans la ligne comme un titre.

C1

Contradiction est vne mauuaise marque de {Verité}fausseté
Plusieurs choses certaines sont contredites .
Plusieurs fausses passent sans contradiction .
Ni la contradiction n’est marque de fausseté n(i)

l’incontradiction n’est marque de verité .

C2

Contradiction est vne mauuaise marque de verité .
Plusieurs choses certaines sont contredites .
Plusieurs fausses passent sans contradiction .
Ny la contradiction n’est marque de fausseté ny

l’Incontradiction n’est marque de verité .

Port-Royal(1669)   (B.N.F.)
Condorcet-Voltaire (1776)   (B. C-F)
Bossut (1779)   (B. C-F)

Texte moderne Notes des éditions

Contradiction1 est une mauvaise marque2 de vérité3.

Plusieurs choses certaines sont contredites4.

Plusieurs fausses passent sans contradiction5.

Ni la contradiction n’est marque de fausseté ni l’incontradiction6 n’est marque de
vérité.


  1. (Didiot) L’opposition faite à une doctrine par l’opinion publique.
    (BRU) Est une mauvaise, surcharge. — Sur la première copie on lit la correction suivante : Contradiction est une mauvaise marque de fausseté. La rédaction de Pascal crée en effet une équivoque. Marque de vérité veut dire moyen de discerner le vrai, et non pas comme plus bas, signe positif de vérité. D’autre part la contradiction n’est pas la contradiction logique, régie par le principe d’identité, mais le démenti de fait, la négation opposée à l’affirmation. Ainsi entendue, la contradiction ne saurait constituer, aux yeux de Pascal, un critérium de la vérité. Cf. fr. 260, 261 et 902.
    (Gazier1907) Contradiction ne marque pas ici le fait de se contredire soi-même, mais le fait d’être contredit, d’éprouver des contradictions ; la fin de la pensée le prouve clairement.
    (CIBPAD) Contradiction ne signifie pas ici opposition de deux affirmations opposées au sein d’une même pensée, la contradiction logique (régie par le principe d’identité) ; il s’agit de la contradiction historique, le démenti d’un fait, la négation opposée à une affirmation, et par extension la dispute.[…] Pascal raisonne ici comme il le fait à propos de l’imagination, lorsqu’il dit qu’elle serait règle infaillible de vérité, si elle l’était infaillible du mensonge
    (Vanité 31 – Laf. 44, Sel. 78) : on peut croire que toute opinion discutée est fausse par le seul fait qu’elle est fausse, et par conséquent qu’il ne faut adhérer qu’à des opinions incontestées, mais c’est une erreur, car on conteste aussi bien des erreurs que des vérités, et par conséquent, on ne peut pas juger de la valeur de vérité d’une proposition par le seul fait qu’elle est discutée ou qu’elle ne l’est pas.
    (CIBPAD) Écho de ce fragment dans Arnauld Antoine et Nicole Pierre, La logique, IV, VI (1664), éd. D. Descotes, Paris, Champion, 2011, p. 549-550.
  2. (DED) Marque signifie : 1º trait distinctif : « Il les faut laisser, c’en est la marque »; 2º le caractère propre auquel une chose se reconnaît : « les trois marques de la religion ».
  3. (TouAnz) Le fait d’être contredit ne fait rien à la vérité d’une chose.
  4. (CIBPAD) Pascal conteste ici l’argument classique du consentement universel comme marque de vérité. [… il] a dans le passé, remarqué que la contestation est d’ordinaire signe d’erreur. Voir Lettre à Le Pailleur, OC II, éd. J. Mesnard, p. 575-576, à propos des adversaires du vide :
    « Tous ceux qui combattent la vérité sont sujets à une semblable inconstance de pensées, et ceux qui tombent dans cette variété sont suspects de la contredire. Aussi est-il étrange de voir, parmi ceux qui soutiennent le plein, le grand nombre d’opinions différentes qui s’entrechoquent : l’un soutient l’éther, et exclut toute autre matière ; l’autre, les esprits de la liqueur, au préjudice de l’éther ; l’autre, l’air enfermé dans les pores des corps, et bannit toute autre chose ; l’autre, de l’air raréfié et vide de tout autre corps. Enfin il s’en est trouvé qui, n’ayant pas osé y placer l’immensité de Dieu, ont choisi parmi les hommes une personne assez illustre par sa naissance et par son mérite, pour y placer son esprit et le faire remplir toutes choses. Ainsi chacun d’eux a tous les autres pour ennemis ; et comme tous conspirent à la perte d’un seul, il succombe nécessairement. Mais comme ils ne triomphent que les uns des autres, ils sont tous victorieux, sans que pas un puisse se prévaloir de sa victoire, parce que tout cet avantage naît de leur propre confusion. De sorte qu’il n’est pas nécessaire de les combattre pour les ruiner, puisqu’il suffit de les abandonner à eux-mêmes, parce qu’ils composent un corps divisé, dont les membres contraires les uns aux autres se déchirent intérieurement, au lieu que ceux qui favorisent le vide demeurent dans une unité toujours égale à elle-même, qui, par ce moyen, a tant de rapport avec la vérité qu’elle doit être suivie, jusqu’à ce qu’elle nous paraisse à découvert. Car ce n’est pas dans cet embarras et dans ce tumulte qu’on doit la chercher ; et l’on ne peut la trouver hors de cette maxime, qui ne permet que de décider des choses évidentes, et qui défend d’assurer ou de nier celles qui ne le sont pas. C’est ce juste milieu et ce parfait tempérament dans lequel vous vous tenez avec tant d’avantage, et où, par un bonheur que je ne puis assez reconnaître, j’ai été toujours élevé avec une méthode singulière et des soins plus que paternels. »
    Ces réflexions trouvent un prolongement naturel dans les arguments des sceptiques qui récusent l’argument du consentement universel, et considèrent les opinions comme douteuses dès qu’elles sont contestées.
  5. (CIBPAD) Pascal peut avoir en mémoire la thèse de l’impossibilité ou de l’horreur du vide, qu’il a réfutée dans le Récit de la grande expérience de l’équilibre des liqueurs et dans les Traités de l’équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse de l’air.
    Voir le Récit de la grande expérience, Au lecteur, OC, II, éd. J. Mesnard, p. 688.
    « Mon cher lecteur. Le consentement universel des peuples et la foule des philosophes concourent à l’établissement de ce principe, que la nature souffrirait plutôt sa destruction propre que le moindre espace vide. Quelques esprits des plus élevés en ont pris un plus modéré : car, encore qu’ils aient cru que la nature a de l’horreur pour le vide, ils ont néanmoins estimé que cette répugnance avait des limites, et qu’elle pouvait pétré surmontée par quelque violence ; mais il ne s’est encore trouvé personne qui ait avancé ce troisième : que la nature n’a aucune répugnance pour le vide, qu’elle ne fait aucun effort pour l’éviter, et qu’elle l’admet sans peine et sans résistance. Les expériences que je vous ai données dans mon abrégé détruisent, à mon jugement, le premier de ces principes ; et je ne vois pas que le second puisse résister à celle que je vous donne maintenant ; de sorte que je ne fais plus de difficulté de prendre ce troisième : que la nature n’a aucune répugnance pour le vide, qu’elle ne fait aucun effort pour l’éviter ; que tous les effets qu’on a attribués à cette horreur procèdent de la pesanteur et pression de l’air ; qu’elle en est la seule et véritable cause, et que, manque de la connaître, on avait inventé exprès cette horreur imaginaire du vide pour en rendre raison. Ce n’est pas en cette seule rencontre que, quand la faiblesse des hommes n’a pu trouver les véritables causes, leur subtilité en a substitué d’imaginaires, qu’ils ont exprimées par des noms spécieux qui remplissent les oreilles et non pas l’esprit : c’est ainsi que l’on dit que la sympathie et antipathie des corps naturels sont les causes efficientes et univoques de plusieurs effets, comme si des corps inanimés étaient capables de sympathie et d’antipathie. Il en est de même de l’antipéristase, et de plusieurs autres causes chimériques, qui n’apportent qu’un vain soulagement à l’avidité qu’ont les hommes de connaître les vérités cachées, et qui, loin de les découvrir, ne servent qu’à couvrir l’ignorance de ceux qui les inventent, et à nourrir celle de leurs sectateurs ».
  6. INCONTRADICTION dans des dictionnaires
    (Littré), s. f. Absence de contradiction. Plusieurs choses certaines sont contredites, plusieurs fausses passent sans contradiction : ni la contradiction n’est marque de fausseté, ni l’incontradiction n’est marque de vérité, PASC. Pensées diverses, 123, éd. FAUGÈRE.
    (Trévoux 1743-1752), s. f. Accord dans la maniére de penser. Plusieurs choses certaines sont contredites, plusieurs fausses passent sans contradiction. Ni la contradiction n’est marque de fausseté, ni l’incontradiction n’est marque de vérité. Pascal.